Créativité

Naître maman

© Olivia Billington

Elle le berce doucement, chantonne un petit air venu de son enfance dont elle a oublié les paroles hormis les « bonjour, bonsoir » qui ponctuent la chanson. Les petites paupières papillonnent, se ferment, petits coquillages nacrés dissimulant les perles bleutées. La respiration se fait plus profonde, doux son qui emplit ses oreilles. Elle le garde encore quelques instants dans ses bras, profite de son petit corps palpitant, de sa chaleur si douce et rayonnante, elle l’observe, dévore du regard le moindre millimètre de peau. Ses lèvres délicatement posées sur le front bombé, sur le petit nez retroussé, sur les joues roses et rebondies laissent une pluie de baisers. Elle caresse une petite main, affectueusement puis dépose l’enfant dans son lit en toile, dont elle songe avec mélancolie qu’il sera bientôt trop étroit pour son bébé.

Elle se tourne vers l’autre lit, où dort un autre petit corps, un peu plus grand que celui qu’elle serrait contre elle. Un mouvement, une phrase surgie d’un rêve : « oh non, la libellule s’est envolée ! ». Elle sourit, pense à leur randonnée, ils se sont tellement amusés, pas d’ennui, elle pense à l’âne qu’ils ont croisé et affublé du doux sobriquet ‘Patate chaude’. Elle observe son petit poussin ébouriffé, les cheveux adorablement hirsutes. Son coeur fond de tendresse, chocolat onctueux qui se déverse en elle, qui la submerge.  Assise au bord du lit, elle passe une paume dans le cou endormi, respire son odeur, elle aime l’ivresse qui accompagne cet instant si doux, si intime. Il lui a demandé la signification du mot ‘assurance’ aujourd’hui, bientôt, les choses se compliqueront et il voudra savoir ce que veut dire ‘strigiforme’, ‘contractuel’ ou encore ‘morphing’. Un soupir, comme le temps passe vite !

Elle se souvient de la salle d’accouchement, anti-chambre de l’horreur, mais le résultat en vaut assurément la peine. Don, sortilège, nature, elle est née maman avec son premier bébé. Son amour pour eux est à l’image d’un vol en parapente : haut dans les airs, avec parfois de légères descentes et surtout l’envie de ne jamais atterrir. Elle les regarde une dernière fois dormir, quitte la chambre sur la pointe des pieds, avec un sourire attendri, empreint de soleil. Ce doit être ça, le bonheur.

Les mots imposés : non – sobriquet – randonnée – mélancolie – bonjour – ivresse – strigiforme – parapente – pluie – doux – bord – soleil – ennui – bonheur – anti-chambre – sortilège – morphing

Les textes de Violette Dame Mauve, de Gwenaëlle, de Paumadou et de Deirbhile. Les textes de 32Octobre, Valentyne et Dame plume sont en commentaires. Ceux d’Aymeline, de Jul, de Jean-Charles et de Cri-Cri S.

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63 thoughts on “Naître maman”

  1. Oh les jolis poussins! comme cela est bien écrit : l’image du parapente est magnifique et l’insatiable curisosité et enthousiasme des enfants très bien rendue
    Bonne journée
    😉

  2. mon texte….
    bonne lecture

    Aujourd’hui, Monsieur Non a décidé de passer une journée exceptionnelle pour lui : il va essayer de ne pas dire non à tout bout de champ. Se préparer ainsi une journée jalonnée de petits plaisirs, n’est-ce pas un beau programme?

    (L’auteur des lignes qui suivent va laisser libre court à son imagination et se laisser guider par les mots imposés sans les esquiver).

    Il faut vous dire que Monsieur Non a un sobriquet qui ne le fait pas du tout rire. Tout le monde l’appelle Monsieur Oui-Oui. Il n’a pourtant rien du héros d’Enid Blyton. Il n’a rien d’un pantin de bois. Il n’a pas de bonnet bleu à grelot, ni de foulard jaune à pois rouges. Il n’est pas chauffeur de taxi.

    (D’ailleurs, il faudrait peut-être qu’il prenne vie et soit présenté, ce Monsieur Non pour vous intéresser).

    Tout le monde semble avoir oublié son prénom, Théodule. Il le tient de son arrière-grand-père. Cet auguste ancêtre le tenait lui-même d’un certain Théodule Ribot, considéré comme le fondateur de la psychologie française. Le prénom a déclenché une vocation et, de père en fils, tout le monde fut psychologue sauf lui, qui s’y refusa, malgré son parcours universitaire brillantissime. Il avait un côté plus artistique. Peut-être l’influence d’Augustin-Théodule Ribot. On s’invente le père artistique que l’on souhaite.

    (Commençons par donner quelques autres précisions sur les activités du personnage, héros de ce texte, qui nous occupe).

    Une des occupations principales de Monsieur Non, la randonnée. Pas la promenade comme vous pourriez le croire, celle que vous et moi pouvons pratiquer. La randonnée de Monsieur Non est le suivi des traces des cerfs dans la forêt toute proche de sa maison, « sa maison-pour-lui-tout-seul » et cela avec son appareil photographique dernier cri.

    (Après la randonnée, maintenant la photographie, un des moteurs de la vie de Monsieur Non).

    Quand, très tôt le matin, il vaque pour suivre les cerfs, il laisse court à sa mélancolie, le spleen de l’artiste qu’il aspire tant à être. Mais qui le reconnaît, malgré ses participations à moult concours et expositions ?
    Une de ses photos a été retenue pour illustrer dans la célèbre revue National Geographic un reportage sur les cervidés. Mais cela n’a pas été le lancement de sa carrière. Il y croyait pourtant.
    Pourtant, il ne lésine pas sur les « bonjour », « si je peux vous renseigner », « si… » Lors des présentations de ses photographies tout format.
    Il aimerait tant connaître l’ivresse de la reconnaissance de ses talents. Mais peut-être a-t-il mal choisi le sujet de ses photographies.
    Au lieu des cervidés, peut-être aurait-il dû mettre en boîte des strigiformes. Mais impossible pour lui. Il ne voit pas la nuit, n’a aucun sens de l’orientation et ne peut prendre le risque de passer la nuit dehors.
    Alors, pourquoi pas, des photographies prises alors qu’il s’adonnerait au parapente. Encore impossible. Il a le vertige. Son domaine est et restera le plancher des vaches.

    (Note de l’auteur : dans la vie de tous les jours, Monsieur Non est instituteur de classe de maternelle. Il s’y régale, y prend des bols d’oxygène et initie les joyeux bambins à la nature, et déjà à la photographie, avec des appareils jetables.)

    Sa dernière exposition a pour titre : La pluie. Elle est encore visible dans les salons de l’hôtel de ville de Roc sur Gréez, sa ville de naissance.
    Elle y rencontre un certain succès. Un peu plus qu’un succès d’estime, mais pas encore la notoriété. Mais pour une fois, Monsieur Non est optimiste.
    Il lui a été doux à l’oreille d’entendre quelques commentaires chaleureux ou de lire les commentaires laissés sur son livre d’or. Il partageait cette exposition avec deux peintres, plusieurs auteurs de livre d’artiste. Ses photographies étaient très bien mises en valeur dans la salle des mariages.
    L’une d’elles, éditée en très grand format, 3 mètres sur 3, était exposée à l’entrée du parc de la mairie, juste au bord du ruisseau qui traversait le village.
    Elle représentait deux cerfs au soleil couchant avec en premier plan le panneau indicateur de sa ville. Ce n’était pas un montage et il était très fier de cette photo, datée du 32 octobre, il y a aura bientôt cinq ans.
    Il se souvenait du jour où il l’avait prise.
    Aucun ennui.
    Que du bonheur pour Monsieur Non.

    (Monsieur Non admet enfin qu’il peut ressentir de la joie sans arrière-pensée).

    Il avait consacré deux longues journées à la mise en place des trente-deux photos qu’il exposait. Elles étaient toutes à vendre et il espérait que certaines iraient rejoindre l’antichambre d’une des maisons bourgeoises des alentours.
    Pourquoi pas ? Un sortilège pourrait lui avoir été jeté lors d’une de ses promenades matinales. Mélusine, sa tendre amie ne deviendrait-elle pas ainsi sa bonne fée ?
    Il tenait à la disposition des visiteurs un grand porte-folio où il s’était essayé à utiliser un programme de morphing sur quelques-unes de ses photos. Les pauvres cervidés semblaient ainsi appartenir à un autre monde, digne de la science-fiction.

  3. – Non, non et non cria Zoé, énervée à ses parents. Je ne veux pas aller à Morzine cet été : je veux aller à la Baule avec mes copines faire de la planche à voile. C’est d’un ennui Morzine l’été.
    – C’est pourtant ce qui est prévu pour les vacances cette année ma zouzou chérie.
    – Maman , je t’ai déjà dit cent fois que je n’en peux plus de ce surnom, pire ce sobriquet, comme dirait ma prof de français. Toujours pour parler comme elle, Morzine c’est l’antichambre de l’horreur
    – ????
    – Morzine Avoriaz : Avoriaz Film d’horreur : tu as compris l’allusion ?
    – Ah oui : merci d’expliquer à tes parents qui sont un peu lents sur les bords. En tout cas, l’an prochain tu auras 16 ans, ton BAFA tu feras ce que tu veux pour le mois d’aout mais encore cette année ce sont des dictateurs de parents qui décident de la destination des vacances ! Morzine Avoriaz Porte du soleil.
    – On pourrait pas plutôt aller à la mer cette année : à la montagne, c’est pluie et compagnie. Et puis il y en a marre de vos randonnées !
    – Ma chérie tu es de mauvaise foi là : avec toutes les activités qu’il y a, tu n’es pas obligée de venir en randonnée si cela ne te plait pas.
    – Avoriaz c’est nul l’été, encore Avoriaz l’hiver quelques films avec vampires, sortilèges et morphing à la clef, c’est supportable mais l’été. Quelle galère !
    Plus tard, les parents de Zoé prennent leur café après le repas . Zoé est partie ruminer sa déception dans sa chambre. Elle a mis à fonds sa musique que ses parents détestent : un brouhaha innommable qui passe de l’ivresse la plus fébrile à la mélancolie la plus noire.
    Une sonnerie retentit soudain ; c’est le portable de Zoé qu’elle a oublié sur la table du salon : calvacade tonitruante de l’ado……..Place, place.
    – Bonjour Adrien (le ton est doux presque sussurré , rien à voir avec la véhémence de tout à l’heure): oui oui je peux te passer mon cours de sciences sur les rapaces et autres strigiformes. Ce que je fais cet été ? Euh bof, les vacances avec les parents ! Rien d’extra et toi ? Comment cela tu vas en stage de parapente à Avoriaz ? : mais c’est extra cela, j’adore le coin : on pourra se voir. Quel bonheur!!

  4. @ Olivia : une profondeur sensible que je ne te connaissais pas encore et j’aime beaucoup cette nouvelle facette de ton talent !! Les cris du coeur sont les plus beaux !! 😉
    @32 Octobre : intéressant cet arbre généalogique contrarié ! 😉
    @ Valentyne : très bien…vu ces ados qui nous « la font à l’envers » !!^^

  5. @ Olivia : un très beau texte que j’ai lu avec une certaine appréhension : je craignais la chute horrible mais non… Ouf! 🙂
    @ 32 Octobre : un portrait original et très touchant…
    @ Valentyne : un texte 100% pur ado! Tout y est … 😉

  6. Salut les filles ! J’ai dit que je participerai alors je le fais ! Mon article sera aussi en ligne ce soir !
    @ Valentyne : tu connais donc ma soeur de 16 ans ?? 😉 Très réussi et très réaliste !
    @ 32 Octobre : très sympa et très drôle ce portrait ! J’aime beaucoup les notes de l’auteur et ce ton détaché, léger que tu as emprunté !
    @ Olivia : ton texte est magnifique, il donnerait à n’importe quelle femme envie de devenir maman ! Et j’aime beaucoup ta manière d’incorporer les mots imposés, c’est très naturel.

  7. très beau texte !!
    petit ps en passant : ils nous ont mis les « s » aux commentaires sur le blog 🙂 Y es-tu pour quelque chose ?? 😉 c’est beaucoup mieux depuis …

  8. Voici ma contribution qu’on peut également trouver ici 😉 :
    http://leparfumdeslivres.blogspot.com/p/atelier-decriture.html

    Séraphine, c’est mon ivresse à moi. Sans elle, je ne serais même pas la moitié d’un homme. En fait, je crois que sans elle, sans ce petit bout de femme, je ne connaîtrais pas le bonheur.
    Elle se tient là, tout au bord de la falaise, elle n’a pas peur.
    C’est le genre de personne qui aime les sensations fortes. Avec elle, je vis à cent pour cent. Le matin parfois, elle se tourne dans le lit et elle me dit « j’ai envie d’aller faire une randonnée en montagne aujourd’hui », et puis à d’autres moments, sans crier gare, elle me lance « du parapente … pas cap’ ? ».
    Elle se tient là, couchée dans l’herbe, elle boit le soleil de ce mois de juin déjà trop chaud pour une heure si matinale. Les rayons semblent la caresser, l’enrober de beauté et cela a l’effet d’un sortilège d’amour sur moi. Je sens ce doux plaisir s’insinuer en moi et m’en délecte. Je pourrais rester des heures à détailler chaque partie de son corps. Je pourrais la contempler sans que l’ennui ne vienne jamais s’emparer de moi.
    Je lève les yeux et constate qu’aujourd’hui, le temps ne nous permettra pas de faire des folies. Il y a une légère odeur de pluie qui s’installe dans l’air. Je sais que Séraphine aime aussi bien la pluie que le soleil et qu’elle n’aura pas de difficulté à trouver un passe-temps pour la journée.
    « Bonjour mon Dadou ! » Elle a remarqué ma présence et me salue en m’affublant de ce sobriquet que je trouve quelque peu ridicule, mais je n’en fais pas cas. C’est une marque de tendresse que j’accepte volontiers car bien que très expressive, Séraphine a tendance à cacher – un peu trop à mon goût – ses sentiments à mon égard.
    « Qu’est-ce que tu fais perchée ici ? »
    « J’observe la nature. J’ai un dossier sur les strigiformes à bosser pour la semaine prochaine. »
    « C’est quoi un strigiforme ? »
    « Raahhh laisse tomber ! T’as pris le ptit-déj’ ? Je meurs de faim ! »
    « Non pas encore … je t’attendais. »
    Elle se lève et se dirige vers notre maison de vacances.
    « T’as rangé où mes cartons à dessin ? »
    « Dans l’antichambre. »
    « Ah bah t’aurais pu me le dire, je les cherchés partout ce matin ! »
    Je me mets à ressentir une profonde mélancolie pour ces jours lointains qui ont formé le début de notre relation. Elle était docile, aimante sans aucune condition et elle savait se montrer plus chaleureuse envers moi. Désormais, sa personnalité s’est aiguisée, elle s’affirme davantage par rapport à moi. J’ai l’estomac noué. Je sais que ces jours-là sont révolus et que notre relation se mue continuellement comme un morphing.
    Je la rejoins pour prendre notre petit-déjeuner sur la terrasse.
    « Hé P’pa, regarde mon croquis de hibou. Il est pas un peu zarbi ? »
    Séraphine, c’est ma fille de 17 ans et peu importe où nous mènera notre relation, je l’aimerai toujours autant.

      1. Tu as visé juste Valentyne ! Par contre j’ai du bataillé pour pouvoir écouter car quand on suit ton lien, on nous dit que l’album est inaccessible depuis notre pays … alors je ne sais pas où tu vis mais ça doit être fort fort loin ^^

  9. bravo à toutes !
    Bon pas le temps pour moi pour cette fois mais je vais tenter de mettre un petit lien vers vos textes, je les trouve très beaux !
    a bientôt

  10. Bonsoir Olivia, c’est un texte très poétique ! Riche en émotions, il exprime avec délicatesse et tendresse les sentiments d’une mère pour son bébé. C’est plus qu’un admirable exercice de style, plus qu’un jeu littéraire brillamment réussi : c’est presque, à mon sens, un poème en prose, une ode à l’amour maternel.

    Amitiés

  11. Que de tendresse, que de douceur… magnifique! Je voyais tes deux adorables petits tout en lisant ton texte… magique

  12. Très beau texte. Je vais essayer de participer au Jeu 34. Cela fait plus d’un mois que je n’ai rien écrit. Demain je vais travailler sur mon roman… bien décidée à le terminer cette année!

  13. Très beau texte Olivia!
    Une bulle de bien-être et de profonde douceur dans ce monde parfois effrayant…
    On sent l’amour immense que tu ressens pour tes enfants.
    Et effectivement, c’est bien ça le bonheur!

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