Créativité

Sans mot pour en finir

C. l’avait regardé, les yeux plissés, incommodée par la lumière vive du soleil, mais il avait compris que son air contrarié le concernait, lui. Elle avait balbutié quelques mots, il n’avait rien saisi. Face à la mer, elle avait expliqué qu’il n’était pas responsable, que c’était elle le problème, pas lui, qu’il n’avait rien fait de mal, qu’elle l’appréciait toujours autant, en bref, elle lui avait débité toutes les platitudes attendues. Elle avait rompu. Et avait semblé très soulagée à la fin de sa tirade. Mais restons amis, tu veux bien ? Il avait souri, mais bien sûr, restons amis.

M. s’était penchée par-dessus son hamburger et avait décrété que cette nourriture grasse l’écœurait, la dégoûtait presque, comme lui, en fait, comme lui et son gros ventre. Lui qui ne faisait aucun effort pour la séduire, lui qui affichait ses immondes bourrelets sans complexe, elle n’en pouvait tout simplement plus. Sans compter qu’elle détestait sa coupe de cheveux, ses dents de travers, ses énormes mains – ce n’était pas humain, des battoirs pareils !, son haleine de poney le matin. Il l’avait écoutée dresser cet affreux portrait de lui, sans réagir. Au cas où tu n’aurais pas compris, nous, c’est fini.

img_1193J. avait serré le gros ours en peluche contre elle puis le lui avait tendu. Je ne peux pas l’accepter. Il s’était entendu lui demander pourquoi, même s’il connaissait la réponse. Elle le quittait. Elle en aimait un autre. À la folie. Un vrai coup de foudre. Et la voilà à détailler ses sentiments pour l’autre, à s’extasier pour son amour naissant, sans même tenir en compte ses émotions à lui. Elle avait souri, tandis qu’il serrait les dents. Elle avait continué sans sourciller, l’autre était si beau, si romantique, si intelligent, si compréhensif, si parfait. Il avait repris l’ours.

img_1230Contre toute attente, elles étaient venues toutes les trois. Devant le manège, où il leur avait donné rendez-vous. Il était le premier surpris de leur présence, néanmoins ravi. Sable, viande, peluche. Toutes les trois là, rien que pour lui. Il sourit. Elles devaient être punies. Elles allaient être punies. Celui qui avait dit que le cœur se répare indéfiniment se trompait. Son cœur était en miettes. En miettes. Les responsables se trouvaient là, au milieu des lumières, des cris, des rires. À nouveau, il sourit. Il les observait de loin. De très loin, à travers la lunette de son fusil.

C’était ma participation à l’atelier de Gwen, écrire quatre textes à partir de photos, de 100 mots chacun (les photos viennent de chez elle).

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22 réflexions au sujet de “Sans mot pour en finir”

  1. Et bien, chapeau, d’autant plus que tu dois aussi écrire ton roman…
    Trois petites histoires sur un thème commun, mais que je pensais indépendantes les unes des autres, et surprise, elles se rejoignent dans la dernière histoire dans une fin aussi inattendue que machiavélique.
    Tu es décidément pleine de ressources…

  2. Très sympa comme concept ! J’adore ce style d’ateliers ! D’ailleurs, aujourd’hui, je viens d’apprendre que je faisais partie des finalistes pour l’un d’eux ! Si ça te dit, c’est par là : http://wp.me/p2u6N8-tb … et parmi tes 4 textes, je crois que c’est le 1er que je préfère !

  3. En phase de rupture ? 😉 C’est curieux à quoi peut mener le contact avec un nounours. 😆 J’aime beaucoup tes textes. 😀 Mon préféré est le dernier avec sa vengeance implacable à l’œuvre. 😀 Tu pourrais le développer en roman, l’idée est bonne. 😀

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