Créativité

Enfin demain

© Marco Michelini | stock.xchng

Cent coups de couteau. Il les a comptés. Cent fois la lame est entrée dans la chair.

Voilà à quoi s’attendent mes lecteurs. Eh bien, non.

Cent tours de piste. Elle est hors d’haleine, mais fière. Quelques étirements, elle résiste à l’envie de s’effondrer, effectue les gestes nécessaires pour ne pas être courbaturée demain.

Ça ne m’inspire pas. Quelle idée, aussi, cette consigne supplémentaire !

Cent jours. Elle lui avait donné rendez-vous dans cent jours. Chaque soir, avant de se coucher, une croix de plus dans son calendrier.

Voilà qui m’intéresse plus, sans trop savoir où ça va me mener.

Demain, il la verra. Enfin. Il a pu être patient, il a pu réfréner ses pulsions. Ses envies de la voir, de l’entendre, de la toucher. Elle lui avait promis, si dans cent jours son désir d’elle était toujours intact, alors elle accepterait de le rencontrer. Elle lui avait donné le lieu du rendez-vous : devant les grilles des jardins de l’Empyrée. Un bel endroit au beau voisinage. Allons croquer la pomme, ma mignonne. Non, pas si vite, il a de l’éducation, tout de même. Politesse avant tout, à la limite de l’obséquiosité.

Demain est là. Il a longuement hésité sur sa tenue, opte finalement pour le look homme politique. Correct. Il espère lui plaire. Il doit lui plaire. Elle doit succomber ; comme toutes les autres. Dans le métro, il frissonne : déplaisante promiscuité. Les transports en commun, prison désespérante de l’homme libre.

L’arrêt convoité, il descend. Il n’est pas dans son élément. D’ordinaire, il les fait venir chez lui. Prudence, toujours. Inutile d’attirer les regards, un témoin, c’est gênant. Mais pour elle, il a craqué. Par trop irrésistible, la demoiselle.

Le voilà au lieu du rendez-vous. Les yeux plissés, il la cherche parmi les promeneurs. Elle ne se trouve nulle part. Sourcils mécontents, il arpente le trottoir. Une étrange inquiétude l’envahit, un soudain pressentiment. Il se tourne, prêt à rebrousser chemin, à rentrer chez lui lorsqu’une main se pose sur son bras. Une voix, glaciale, prononce son nom. Celui qu’il a abandonné voilà longtemps. Il voit, du coin de l’œil, l’uniforme. Et l’aperçoit, elle, un peu plus loin. C’était un piège.

Voilà un texte qui se termine bien – certes, pas pour le criminel (tant pis pour lui, tuer, c’est pécher, au moins il ne fera plus de victimes), et sans avoir versé une seule goutte de sang.

Les mots imposés : désir – pulsion – résister – prison – promiscuité – voisinage – désespérant – politique – correct – politesse – éducation – limite – frissonner – chair – croquer – pécher – jardin – Empyrée

Les textes de Ghislaine, Dame mauve, Solange, janickmm, WH, marlaguette, loncleDan, Adrienne, Mélanie, Pierrot Bâton, laracinedesmots, Jean-Charles, patchcath, Ceriat, lilou, Asphodèle, Laure. Les retardataires peuvent laisser leur lien en commentaire, merci.

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52 réflexions au sujet de “Enfin demain”

  1. Pauvre Boileau!…

    – Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage !
    Et, en vitesse ! Bande de roses molassons syndicalistes ! Ha mais !!! Hurla-t-il.

    Au seuil de sa filature, de retour des tropiques, Jean-Etienne Gilbert de la Séquanaise frissonnait de jubilation ; il savourait enfin désirs frustrés et pulsions innées, si longuement contrariés.
    Sa jeune dernière gourgandine d’épousée, l’avait forcé à perdre ces sept dernières semaines à faire le tour des îles de la planète. De toutes tailles.
    ll n’en pouvait plus, d’avoir eu, outre à surveiller les agissements de la main de sa femme, la sensation que sa propre main était démise de son affaire, même si temporairement.
    De fer dans du velours, une main, à 20.000 km de distance ; poigne ou pas, ça marche beaucoup moins bien.
    Et ce ne sont pas les bricoles électriques entoilées, et leurs paquets de huit, qui remplaceront jamais un dirigeant en chair et en os, au petit matin, à accueillir les 350 gentils membres de l’usine, devant la pointeuse mécanique à cartes à trous ! Carnet d’observations et crayon Bic pour affiner.
    D’un vif aller retour de pointe de langue, Jean-Etienne Gilbert, ramassa rapidement un filet de bave naissante sur ses commissures. La bonne sensation de retour au sweet-home ! Incomparable.

    – S’est pas arrangé le débris à particule; l’a même sacrément salement empiré du cervelet ! souffla Nicolas.
    – Quoi ?! Maître Alexandre ! Entends-je votre apprenti grommeler ? Et de quoi ?
    – Ah, Monsieur le Président, quel plaisir de vous retrouver, et avec si belle mine!
    – Alexandre, suffit ! Arrêtez avec vos airs de bienheureux et votre politesse à la limite du politiquement correct ! Vous n’allez pas me faire gober que vous, salarié exploité depuis plus de 41 années, ayez subitement cessé de résister à l’oppression du grand patronat ! Répondez moi, c’est un ordre : qu’a marmonné votre gâte-laines lors de mon arrivée ?
    – Ben, pour le nouveau drapage, il me parlait du style Nirvana chez les grecs anciens, l’Empyrée….
    – Ha !.. Le Pirée !?
    – Voui, en plus antique, comme qui dirait, une voûte sidérale englobant la première couche de voûte étoilée…en limite de voisinage…
    – Parfait, parfait… Très clair…. Et pour quoi faire ? Un cocktail Ouzo/Nasa/Nisé ?
    – Heu, je comprends pas.
    – Pourquoi cette espèce d’arpète se permettait-il d’ainsi parler création à son maître de stage ?
    Sidérez-moi, pour voir !
    – Ben, c’est-à-dire que, désespérant de ne parvenir à retrouver seul le ton incarnat et chair de pécher à croquer des dames d’antan en leurs jardins, tel que chanté par Villon du fond de ses geôles et prisons, j’ai demandé l’avis de mon apprenti, pour le choix des nuances de fils.
    – Voui, voui, voui….Respirez Alexandre!
    Et ?…La dame à la licorne, en bikini sur le port du Pyrée ? Avant ou après l’apéritif ?
    – Pas du tout monsieur ! Absolument pas ! Mon éducation m’interdit d’user d’alcool, de tabac, de charcuterie et de produits hyperglucosés durant mes heures de travail ! Et aussi durant mes temps de trajets.
    – Ah, … ! Ben ça se tiendrait : Promiscuité hallucinatoire induite par trop de manques à répétition !
    – Pardon, mais non. Tout simplement, à peine si je l’ose vous expliquer.…
    – Mais exprimez vous donc, mon bon ! Depuis le temps !
    – Ben, j’y vois plus rien, ou presque ; double cataracte. ; Pour faire bien d’après le docteur ophtalmo, ça risque de faire huit jour pour chaque œil, soit quinze en tout. Il veut pas opérer les deux d’un coup.
    – Hé ! Et ? quoi d’autre ?
    – Ben on a reçu la nouvelle machine à carder ; les sécurités fonctionnent pas, et pour le moment, j’ai interdit qu’on l’utilise avant votre avis. Faudrait la renvoyer, quelqu’un pourrait perdre une main, ou même un bras !…
    – Allons, allons, n’exagérez pas tout, c’est pas parce que ça vient d’Asie que ce n’est pas fiable ! Je m’occuperai personnellement des tests.
    Mon bon Alexandre, je vois que vous avez bien tenu la boutique ! Faites donc faire vos opérations.
    Un bref instant, je vous l’avoue, vous me fîtes presque tourner les sangs !

    – Ca alors ! C’était une belle charogne ce type, mais tout de même !
    – Vrai, drôlement hypocrite menteur.
    – En tout cas, Herbert, lorsque les pompiers l’ont embarqué, il faisait triste à voir.
    – Ben tu sais, même moi, chez mes grands parents, j’ai vu tuer le cochon, mais jamais salement comme ça, faut comprendre Herbert !
    – Sur. Même le comptable l’en croquait pas fort en les trouvant.
    – Et aussi ! Quelle idée de vouloir toujours se croire au dessus du simple monde !
    Alexandre l’avait prévenu. Et il a fallu qu’il la fasse en pleine nuit sa corrida avec la cardeuse chinoise.
    Belle mise à mort, deux oreilles, une main, une jambe et la queue .
    Pauvre Herbert, fragile ce nature comme il était, restera sûrement glinglin : lorsqu’il a ouvert à six heures, il s’est tout ramassé dessus, haché tiède et liquide : ça avait tellement pissé qu’elle avait même pas eu le temps de figer la mare de bouillie de sang. !…..

  2. Oh mince !!!! J’ai oublié la consigne supplémentaire ! 🙄 J’ai fait mon texte vite vite hier soir avant 21h et du coup j’ai zappé… Je suis vraiment désolée Olivia. Si je trouve un moment je vais corriger… 😦
    BOnne journée

  3. Voilà un texte qui me plait bien 😉 Tu travailles toujours aussi bien l’effet de surprise et de nous amener où nous n’avions pas pensé 😉
    Bonne journée bises ! 🙂

  4. Un traquenard bien mené. 😀 J’ai pris du plaisir à te lire comme toujours. 😀 J’adore ! 😀
    Je n’ai pas respecté la consigne, et je m’en excuse auprès de notre Maîtresse de Cérémonie. 😉 Mais je n’étais pas inspirée et ai eu un mal fou à faire mon texte. Je ferais mieux la prochaine fois. 😀

  5. Ca ne pouvait finir que comme ça , hé hé, à la Billington, toujours une goutte de sang pas loin !!! Mais dis-moi, il me semblait avoir lu « pêcher » dans la liste de mots et non le verbe pécher ou au pire pêcher à la ligne ! Je l’ai employé comme un arbre mais je vois que beaucoup non seulement l’ont utilisé comme le verbe pécher et l’ont écrit « pêcher », bref la prochaine fois, il faudra préciser !!! 😆
    Sinon ton texte est pas mal du tout !!! 😀

    1. Si si, c’était pécher, avec accent aigu et non circonflexe, proposé par Armelle : « pécher… Oui, croquer la pomme c’est pécher…  » 😉 C’est aux participants à être attentifs ou à chausser leurs lunettes ! 😆
      Merci.

      1. J’ai chaussé mes lunettes !!! 🙄 Et ce qui est bizarre c’est que je fais un copié-collé de la liste de mots le lundi soir, or j’avais pêcher, j’y ai même regarder à deux fois, nanmého ! Même que « pécher » m’eût mieux convenu !!! D’ailleurs beaucoup d’erreurs dans les textes et dans le sens, ça vient bien de quelque part nan ??? Bref on ne va pas en faire un fromage !!! 😆

        1. Je t’assure que j’ai mis pécher dans la liste des mots et que je ne l’ai pas changé (je l’ai d’ailleurs utilisé ainsi). Les erreurs viennent sûrement d’une mauvaise lecture ou d’une confusion entre les termes – c’est d’ailleurs une erreur commune. 😉

  6. Plus que la difficulté que tu as imposé, c’est finalement les mots qui se sont avérés être corsés cette fois ci ! 🙂 Chouette texte en tout cas, original ! 😉

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