Créativité

Te souviens-tu ?

atelier-ecritureTu me tires par la main, tu m’entraines, « vite, vite ! » lances-tu avec ce sourire qui fait pétiller mon cœur. Et je te suis, sans te poser de questions. Tu t’arrêtes, lèves les yeux et d’un geste grandiloquent me présente la grande roue. Ma gorge se serre. C’est impossible. Je suis incapable de monter dans une des petites nacelles avec toi. La peur du vide, on appelle ça. C’est une phobie. Il y a bien un nom scientifique, mais je ne le connais pas. Ça ne changerait rien, de toute façon. Le résultat est là : face au vide, je veux sauter. Une envie irrésistible, contre laquelle je dois me battre de toutes mes forces.

Te souviens-tu de notre balade en barque ? Je ne sais pas nager et j’ai peur de l’eau. J’avais planqué mes craintes, je n’avais rien laissé paraître. Bravement, j’avais pris les rames et je m’étais concentrée sur ton visage radieux.

Te souviens-tu de notre escapade à la plage ? Je suis allergique aux puces de sable, mais je ne t’en avais rien dit, pour ne pas te gâcher le moment. Ton bonheur de voir la mer valait bien les démangeaisons dont j’ai souffert par la suite.

Te souviens-tu de tes prises de sang ? Je t’ai toujours accompagné, sans jamais te dire que la vue d’une aiguille perçant la chair me fait défaillir.

Mais aujourd’hui, je ne puis accéder à ton désir. Me retrouver tout là-haut, balancée par le vent, avec l’envie de me jeter et m’écraser au sol, est impensable. Ton visage se chiffonne, tu ne comprends pas pourquoi je refuse. Je passe ma main sur ton crâne où les cheveux ont un peu repoussé. Mon chéri. Agenouillée devant toi, je t’explique à mots choisis. Et tu comprends. Tu m’offres un sourire un peu tremblant « c’est pas grave maman ».

C’était ma participation à l’atelier de Leiloona, Une photo, quelques mots.

J’en profite pour vous informer que la prochaine récolte pour Des mots, une histoire, se fera le 22 septembre. Au plaisir de vous retrouver !

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49 thoughts on “Te souviens-tu ?”

  1. Voilà qui ramène bien des souvenirs de maman… La dernière fois que j’ai bravé ma peur, c’était pour un stage de roller qui s’est soldé par une fracture du sacrum… Depuis j’ai appris à dire non !

    1. Merci !
      J’en suis tout aussi incapable. 😉
      J’ai l’impression qu’une information de mon récit est passée à la trappe : la maladie de l’enfant. Je voulais l’évoquer en « légèreté » (prises de sang et cheveux qui ont repoussé), sans sombrer dans le pathos, mais je crois qu’à trop vouloir la subtilité, c’est passé inaperçu. 😛

      1. J’avais vu pour la maladie … cela ne le rend que plus attendrissante … et puis que ne ferait-on pas pour son enfant.

        En fait, même si la situation n’est pas la nôtre, on s’identifie … parce que les mamans passent outre de nombreuses craintes.

        1. Je parlais de manière générale, pas de toi en particulier. Mais comme c’est ton atelier, je l’ai précisé sous ton commentaire. 😉
          C’est vrai, nos enfants passent avant tout. 🙂

  2. Vertige chez moi aussi, à croire que la peur du vide est une des pires phobies qui soit.
    Bravo pour cette mère courage qui affronte tout pour son enfant malade, mais qui peut aussi reconnaitre une faiblesse.

    1. Bonjour et bienvenue !
      Disons que pour contrôler cette phobie, il faut beaucoup de maîtrise. En voiture, par exemple, sur l’autoroute de Bruxelles-Namur, il y a un viaduc que je dois traverser. Je dois me contrôler pour ne pas diriger ma voiture dans le vide, tout mon corps se crispe. Heureusement, il n’est pas trop long.
      Merci !

  3. Justement ça ne passe pas inaperçu, la chute est juste parfaite et explique le reste ! Je te retrouve au mieux et ça fait plaisir ! 🙂 Quant à la peur du vide, je ne l’avais pas et depuis quelques temps, c’est devenu problématique… nos phobies changent avec le temps mais ne s’arrangent pas pour autant ! 😆

    1. Ah ben tant mieux. 😉
      Je pense qu’en effet, les phobies s’arrangent difficilement, mais que nos angoisses, elles, peuvent s’arranger. Les prises de sang étaient pour moi une réelle torture, et puis, vu le nombre qu’une femme enceinte doit subir, j’ai fini par dépasser mes craintes. Bon, je ne suis pas fière quand je dois en faire une, mais je parviens à me contrôler.
      Mais ce que tu me dis n’est pas très encourageant : vieillir, sentir notre corps nous échapper n’est déjà pas très marrant, alors s’il y a des trucs comme ça en plus…

  4. Je n’avais pas vu la maladie. Je me suis posée la question du pourquoi des cheveux qui repoussent et j’ai pensé à une coupe très courte à cause de ces petites bêtes qui prennent un malin plaisir à vivre dans la tête de nos enfants. En cette période de rentrée, c’est peut être quelque chose qui m’obsède de manière inconsciente 😉 !
    Sinon, j’aime beaucoup la tendresse qui se dégage de ce texte.

  5. Voilà qui me parle parce que je souffre également de la phobie du vide (pour moi et pour les autres… ce qui m’a valu des situations assez embarrassantes ^^) , et bien que je n’ai pas d’enfants, j’aurais bientôt un neveu… auquel je devrais peut-être un jour expliquer que je ne peux pas monter avec lui sur une grande roue 🙂

    Je n’avais pas vu la maladie avant de lire ton commentaire ! Les sacrifices d’une maman vont jusqu’à un certain point, et elle est humaine après tout 🙂

  6. Tiens , la peur du vide. Il est sobre et sombre à la fois ton texte. Je ne viens pas souvent mais je vois que tu travailles , paroles de chansons en anglais, nouvelles….et si c’était la peur du vide qui remplissait les pages blanches finalement? Bisous !

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