Créativité

Cabane au fond des bois

Il était bien bâti, remarqua-t-elle, devinant le ventre plat et musclé sous le T-shirt délavé. À tête d’Indien, bien sûr. Elle fit abstraction de ce vêtement, se concentra sur les traits de l’inconnu-plus-si-inconnu. Une barbe de quelques jours lui ombrait les joues, ses cheveux étaient coupés courts. Il me plaît. Bon sang, il me plaît. Qu’est-ce qui me prend ? Les prunelles absinthe la fixaient tant qu’elle se sentit vulnérable. Hors de sa bulle de sécurité. Les deux restèrent ainsi, de longues secondes à se contempler, immobiles. L’espoir traversa Cécilia. M’a-t-il pardonnée ? Poser la question serait s’exposer à entendre un « non » déstabilisant, aussi décida-t-elle de ne rien en faire. Hélas, sa bouche, petite abeille téméraire, n’obéit pas à son esprit et prononça les mots. Un petit rire silencieux secoua les épaules de l’homme.
— Quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit ? s’enquit Cécilia, les pommettes brûlantes d’embarras.
— Rien. C’est ton expression épouvantée, elle est… délicieuse.
— Tant qu’on en est à parler d’épouvante, ton plan n’est pas de m’enlever pour me torturer dans une cabane au fond des bois ?
— Madame aime les films d’horreur ?
— Pas du tout. Et je constate que tu éludes mes questions.
— Ouais. C’est moche, hein ?
Les mains agrippées à son sac, un rien soupçonneuse, Cécilia mordilla l’intérieur de ses joues. Malgré l’air conditionné, malgré le soir qui tombait, elle avait chaud. Les paupières plissées, elle risqua :
— Que me veux-tu ? Si je n’obtiens pas de réponse claire et franche, je pars.
— C’est un ordre ?
— Oui.
Réponds, réponds, réponds, je ne veux pas partir, je veux te regarder, je veux te humer, je veux te toucher ! Elle se gronda mentalement, elle ne se reconnaissait pas en cette midinette écervelée. Souvent trop consciente de ses failles, elle se découvrait une assurance nouvelle. Sentiment particulier…
— Te revoir, tout simplement, rétorqua-t-il, amusé.
— Mais pourquoi ?
— Parce que je veux t’emmener dans ma cabane au fond des bois.
Son air sérieux était démenti par le pétillement de ses yeux. Séduite, elle lança :
— Il y a une peau d’ours devant la cheminée ?
— Ça dépend si l’idée de te vautrer sur la fourrure d’un animal mort te plaît.
— Bonne réponse.
— Ça ne me dit pas si tu aimes ça.
Faussement sévère, elle agita un index devant lui.
— Je ne fais que suivre ton exemple : éviter les questions.
— Pourquoi j’avais envie de te revoir, après tant de temps ? Le hasard. Je ne t’ai pas cherchée, je suis tombé sur ta photo, ici et… et j’ai compris certaines choses.
— Quoi donc ?
— On en reparlera en temps voulu.
Son ton était doux, caressant. Cécilia rêvait de passer une main sur la mâchoire virile, n’osa pas et à la place, décréta :
— Tu ne m’as toujours pas dit ton prénom.
— C’est vrai, répliqua-t-il, sans rien ajouter.
Des paillettes de rire scintillaient dans ses iris.

Les mots imposés : souvent – ordre – soupçonneux – gazette – espoir – bulle – particulier – faille

Les textes d’Adrienne, Marlabis, Dan Gazénia, patchcath, Josée, l’atmosphérique, lilousoleil, Max-Louis

18 réflexions au sujet de “Cabane au fond des bois”

  1. Je suis curieuse aussi. (Une femme qui n’est pas curieuse est une curieuse de femme). Je veux savoir aussi si la suite se poursuit dans la cabane de bois sur la peau d’ours!

  2. Cette histoire me rappelle des souvenirs…de jeunesse…Il était grand, au sourire dévastateur, et son regard envoûtant. En un instant, je fus sous le charme…Moi, la jeune fille qui rivalisait avec les garçons de ma rue. J’ai résisté, le temps des vacances, car il m’emmena sur les plages , dans les champs découvrir la nature, les nids d’oiseaux, le nom des plantes.la Parisienne que j’étais était transportée dans un monde où le sol se dérobait…Pourquoi pas? Mais, lui me dit; « je suis un séducteur, et nous nous quitterons amis !.Trois mois plus tard, rentrée chez moi. « Je suis à Paris, puis-je venir? » .Il fut mon mari dix ans , et un aventurier avec qui nous avons traversé toute l’Europe, le Moyen-Orient, le Maroc etc…Non sur une peau d’ours , mais dans une tente, sur nos matelas de mousse…loin de tout .Je ne regrette rien. Dan

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