Créativité

Grenadine

Avec un demi-sourire, Cécilia observa la bouteille de grenadine et la rose qui y était attachée à l’aide d’un gros ruban rouge. Elle n’aimait pas ce sirop, néanmoins en versa un peu dans un verre et le dilua avec de l’eau du robinet. Une gorgée : elle se surprit à apprécier le liquide sucré – nul doute que l’origine du cadeau y était pour quelque chose.
— Tu veux me parler ? demanda-t-elle à Anna en tripotant la lanière satinée.
L’interpellée secoua la tête avant de quitter la pièce.
Restée seule, Cécilia découvrit une languette de papier collée au tissu, avec quelques mots : « Reviens ce soir. »
Oui. Oh que oui.
Jamais un après-midi n’avait autant eu un goût d’éternité. Quand la fin de la journée enfin arriva, Cécilia rentra chez elle pour se changer. Elle choisit avec soin ses sous-vêtements, ainsi que la robe qu’elle enfila devant le grand miroir en pied dans sa chambre.
Elle emporta la bouteille de grenadine, du jus d’orange et la tequila qu’elle avait achetée sur le trajet du retour, avant de descendre prendre un taxi. Sur la route, elle fut incapable de penser à autre chose qu’au jeune homme, remarqua à peine l’ambulance qui doubla le taxi, sirènes et gyrophares en action, répondit quelques vagues onomatopées au conducteur qui finit par abandonner l’idée de converser.
Lorsqu’elle parvint à l’immeuble d’Octave, ses battements de cœur assourdissaient toute pensée cohérente. La porte d’entrée était ouverte, aussi ne s’annonça-t-elle pas et entra directement dans l’ascenseur.
Octave ne dissimula pas sa surprise lorsqu’il la découvrit sur son palier.
— Je croyais que c’était encore ma vieille voisine qui venait me demander de rétablir l’électricité dans son appart ou emprunter mon kit à sushis. Ou me demander de l’aide pour les mots croisés, la dernière fois, elle ne trouvait pas « priapisme », sa tête quand je lui ai expliqué ! Elle a grommelé un truc du genre « Ça mérite la potence » et a vite filé.
Rieuse, Cécilia entra dans l’appartement, frôla le jeune homme qui la saisit par la taille. Il l’embrassa dans le cou, puis sur les lèvres, avec délicatesse. Troublée, elle lui caressa la joue avant de passer une main dans les cheveux d’Octave. C’est fou comme il me fait craquer. Elle avait envie de glisser les mains sous la chemise noire, elle avait envie de déboutonner le pantalon, elle avait envie de le sentir contre elle, sur elle, en elle. Mais elle ne céda pas à sa pulsion, se dégagea et longea le couloir avec un léger déhanché faussement innocent.
Il la suivit et, tandis qu’elle s’asseyait sur le canapé, prépara des tequila sunrise. Cécilia sirota la boisson en posant des questions au jeune homme, des questions anodines, insignifiantes, mais dont les réponses lui en apprenaient toujours un peu plus sur la personnalité d’Octave. Elle découvrit qu’il aimait les tartes aux fruits meringuées, qu’il adorait humer les écorces d’orange et qu’il ne pouvait s’endormir si ses pantoufles n’étaient pas rangées dans le bon angle.
Il se rapprocha d’elle, se pencha, lui effleura les lèvres d’un doigt.
— Je te veux.
— Je sais, murmura-t-elle en mordillant le lobe de l’oreille d’Octave, qui termina son verre d’un trait.
Il lui caressa le bras, remonta à l’épaule. La chaleur de sa paume fit frémir Cécilia qui se laissa aller contre lui. Il la fit alors basculer sur ses genoux. Face à lui, face à ce regard pénétrant, ce sourire captivant, ses joues brûlèrent.
— La fille-grenadine…
Son ton était pensif, il ajouta qu’il avait pensé à elle sans cesse toute la semaine.
— Tu n’as presque pas quitté mes pensées non plus, avoua-t-elle.
Ses mains sur les hanches de Cécilia, il la fit se rapprocher de lui. Avec douceur, il lui prit le menton, la contempla, tout près.
Elle respira son odeur.
La huma.
Les yeux clos.

Les mots imposés : fruit – ambulance – électricité – meringue – potence – écorce – armoise – innocent – priapisme – douceur – retour

Les textes de Ghislaine, Marlabispatchcath, Dan GazéniaMedcelinejamadrou, littératuremonamour, Euphrosine, latmosphérique, Guillemette

26 réflexions au sujet de “Grenadine”

  1. Oh flûte! le rideau de fin s’abaisse sur une très belle image 😉 … et l’ambulance qui dépasse le taxi ? je pensais qu’elle allait avoir une importance dans l’histoire… mais c’est vrai que ça suffit pour aujourd’hui, je suis gourmande sans doute 😉

    1. Merci Patchcath, Tout à l’air correcte maintenant.
      Si non essaie de cliquer ici: lesmotsdejama.wordpress.com/2020/02/06/fable-du-pelerin-de-lessentiel/

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